NOTES D’ALLOCUTION DE MONSIEUR JACQUES
OLIVIER
Maire de Longueuil
Devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain
Le 26 novembre 2002

La CMM et Longueuil
: Accroître la
prospérité régionale
Le discours lu fait foi de version finale
Distingués invités de la table d’honneur,
Mesdames, Messieurs, chers amis, J’aimerais d’abord remercier la Chambre de
commerce du Montréal métropolitain de cette
invitation et également vous remercier d’être
présents. Comme vous le disait mon collègue
de Laval, Gilles Vaillancourt, le mois dernier, il aura
fallu 37 ans au maire de Laval pour être invité à cette
prestigieuse tribune. Pour Longueuil, ça n’aura
pris qu’un an ! Cela prouve que la région
métropolitaine est maintenant prête à reconnaître
les joueurs importants de son paysage politique.
C’est donc un honneur pour moi de venir vous parler
des défis qui nous attendent puisque nous sommes
tous, à différents niveaux, les maîtres
d’œuvre du succès que doivent connaître
les villes de la grande région métropolitaine.
Voilà que s’achève la première
année d’activités pour les villes nouvellement
créées. Comme nous l’avions imaginé à pareille
date l’an passé, ces premiers onze mois ont été très
chargés. À Longueuil, nous nous sommes investis
d’une mission, celle de donner des fondations solides à cette
ville. Tout cela doit se faire dans le respect de l’identité des
arrondissements.
Le véritable défi à relever, pour
cette année cruciale, a été de maintenir
les acquis tout en faisant face aux nouvelles réalités
que représentent la taille de la ville, l’importance
et la diversité de sa population et la mise en commun
des ressources. L’administration de la Ville de Longueuil
s’est adoptée efficacement à ce nouveau
contexte. Le maintien de la qualité de vie de nos
citoyens et son amélioration, c’est notre
priorité.
Comme vous le savez, chez nous ce
sont huit municipalités
qui sont devenues une seule ville, la troisième
en importance au Québec. En somme, en ces premiers
mois, nous avons dû concilier huit façons
de gérer les finances, huit approches envers les
citoyens et huit visions de leadership pour n’en
façonner qu’une seule. À cet égard,
je voudrais louer le travail de mes collègues du
conseil municipal et du comité exécutif qui
n’ont pas ménagé leurs efforts dans
ce sens et vous faire part de quelques données significatives.
Longueuil comptera d’ici quelques années
une population de 400 000 habitants. 48 % de la population
actuelle possède un diplôme collégial
ou universitaire. Nous avons sur le territoire sept importants
centres de recherche. Notons parmi ceux-ci celui de Pratt
et Whitney Canada, de l’Institut des matériaux
industriels, celui dédié au gaz naturel,
et naturellement l’Agence spatiale canadienne.
Localisée stratégiquement à proximité du
centre-ville de Montréal, Longueuil bénéficie
de la présence grandissante du réseau universitaire
montréalais et de celui de l’Université de
Sherbrooke. Cette dernière étant pour la
Ville un partenaire de grande importance.
Globalement, l’ensemble des activités économiques
de la Ville regroupe plus de 10 000 entreprises touchant
les domaines de la fabrication, du tertiaire moteur et
de services, en passant par celles liées à l’activité commerciale
et la construction. Nous possédons également
un énorme potentiel de développement par
la mise en valeur de notre secteur agricole et agroalimentaire.
37 % de notre territoire est constitué de terres
agricoles, il faut donc s’occuper de cette richesse.
De plus, Longueuil est déjà très présent
dans le domaine de l’aéronautique et dans
celui du cinéma.
Longueuil c’est aussi une ville où les citoyens
bénéficient d’une qualité de
vie exceptionnelle, que ce soit pour y habiter, pour y étudier
ou pour y travailler. Depuis des décennies, plusieurs
ont fait le choix d’élire résidence
ou de bâtir leur entreprise sur notre territoire,
et dans certains cas, depuis plusieurs générations.
Longueuil est une ville exceptionnelle et je crois fermement à son
potentiel de développement.
Depuis janvier dernier, de nombreux
projets municipaux ont vu le jour et sont venus renforcer
le dynamisme de
notre ville et de ses arrondissements. Nous savons que
les contribuables s’attendent à un niveau
de services élevé et qu’ils exigent
une plus grande accessibilité à ces mêmes
services. Nous avons donc décidé d’investir
dans les technologies de l’information et d’optimiser
nos ressources dans ce domaine, permettant à nos
concitoyens et concitoyennes d’avoir un accès
direct et rapide auprès de leurs services municipaux.
Je crois que c’est une façon efficace de
rapprocher les citoyens de l’administration municipale.
Nous souhaitons que dans ce domaine Longueuil devienne
le modèle québécois sur le plan de
la facilité et de l’accessibilité des
services municipaux.
Longueuil connaît aussi une expansion économique
intéressante. Pour les six premiers mois de la présente
année, la valeur des permis de construction a atteint
273 millions de dollars, bien au-delà des prévisions établies
en décembre dernier. C’est dire que nous nous
dirigeons vers l’une des meilleures années
dans ce domaine depuis 1987.
Nous avions d’ailleurs pris l’engagement,
lors de la campagne électorale, de maintenir la
valeur des permis autour de 1,2 milliard de dollars sur
quatre ans. Nous estimons bien logiquement pouvoir dépasser
cet objectif.
Cette bonne performance est attribuable
comme dans d’autres
localités, entre autres à la poussée
de la construction résidentielle sur notre territoire. À ce
titre, pour le mois d’août seulement, la hausse
du nombre de mises en chantier à Longueuil, a été des
plus spectaculaires, ce qui traduit bien la vitalité de
notre économie et la qualité des produits
résidentiels que nos promoteurs ont su développer.
D’autres projets se sont concrétisés
pour soutenir notre progression économique. Nous
avons annoncé la semaine dernière, la mise
en place de « Développement économique
Longueuil ». Cette corporation est présidée
par monsieur Jean Neveu. Il dirige un conseil d’administration
composé d’hommes et de femmes d’affaires
chevronnés, expérimentés, prêts à relever
cet important défi. Le développement de notre
potentiel économique se devait donc d’être
confié à une corporation en mesure de traiter
l’ensemble de ce volet.
Quelques secteurs prioritaires devront
toutefois faire l’objet d’une attention particulière.
Dans un premier temps, Longueuil doit augmenter son développement
manufacturier. Nous avons sur le territoire d’importantes
entreprises qui oeuvrent dans ce domaine et nous avons
certes les ressources et la capacité d’en
accueillir d’autres.
Développement économique Longueuil doit également
porter une attention toute particulière aux entreprises
qui sont déjà établies sur notre territoire.
Il faut assurément bien servir les entreprises qui
nous ont fait confiance dans le passé; mon expérience
des affaires me l’a bien appris.
Une deuxième avenue que cette corporation devra
explorer touche le développement des entreprises
du « tertiaire moteur ». C’est un constat
qui est fait depuis longtemps, l’économie
du Grand Montréal s’est radicalement tournée
vers le développement des entreprises de ce secteur.
Nous l’avons fait nous aussi et nous le ferons de
mieux en mieux à compter d’aujourd’hui.
Notre taille et notre potentiel nous
permettront de jouer un rôle plus actif encore et de s’assurer que
les entreprises de pointe dans les domaines de la recherche
touchant l’aérospatial, les sciences de la
vie, les nanotechnologies, les technologies des communications
et de l’information, ainsi que celles du monde bioalimentaire
sauront trouver à Longueuil les conditions propices à leur
implantation.
Leader dans le domaine de l’aéronautique
et de l’industrie du cinéma, Longueuil devra
profiter de cette réputation pour attirer d’autres
entreprises qui nécessitent une main-d’œuvre
spécialisée.
Finalement, une troisième filière à mettre
en valeur est celle de l’agriculture et l’agro-alimentaire.
Nous l’avons déjà mentionné à plusieurs
reprises, l’espace agricole sur le territoire de
la ville est important. Il est impensable qu’une
portion aussi grande du territoire ne puisse être
mise à profit dans le développement de la
Ville.
Présentement, la valeur économique de notre
activité agricole se situe à seulement 29
millions de dollars, nous avons donc un effort à faire
pour tripler, voire quadrupler les retombées économiques
de ce secteur au cours des prochaines années. Par
cette approche, Développement économique
Longueuil contribuera à augmenter la richesse de
la Ville de Longueuil. Son action nous permettra de jouer
un rôle de premier plan dans le développement
du Grand Montréal.
Notre succès, comme celui des municipalités
qui composent la CMM, passe également par la qualité des
partenariats et des échanges que nous aurons établir
entre nous.
Cette nouvelle corporation est un
outil essentiel au succès
de Longueuil et de la grande région de Montréal.
Peu importe où vous voulez investir sur notre territoire,
Développement économique Longueuil sera un
guichet unique au service des entreprises et des entrepreneurs.
Je suis très fier de cette nouvelle initiative.
Si cette économie locale doit être stimulée
et encouragée, nous devons tout autant nous attarder à la
place qui revient à la région de Montréal
dans l’économie nord-américaine. Sous
cette rubrique notre région apparaît au bas
de la liste des grands centres urbains.
Plus concrètement, nous sommes au 25e rang au chapitre
du produit intérieur brut métropolitain par
habitant. Nous devrons, au cours des prochains mois et
des prochaines années, déployer les efforts
qui nous permettront de laisser ce rang à une autre
agglomération nord-américaine.
Pour rivaliser sur une plus grande échelle, il
nous faut revoir et améliorer les infrastructures
nécessaires au développement de la région
métropolitaine. Il est urgent de se doter d’artères
pour le transport lourd de marchandises.
Le parachèvement de l’autoroute 30, et j’en
ai fait mon cheval de bataille, est indissociable de l’accroissement
de nos échanges commerciaux vers tout le Nord-est
américain. Il est temps d’agir, ce n’est
même plus une question politique, c’est une
question de gros bon sens.
La mise en place du plan de transport
est hautement stratégique
pour le développement de la région, il faut
aller de l’avant. De par notre proximité avec
les frontières ontariennes et américaines,
il est dans l’intérêt de Longueuil et
de la CMM de compléter rapidement ce lien de commerce
avec nos plus proches voisins. Il faut absolument que les
gouvernements agissent maintenant pour débloquer
ce dossier qui est sur la table depuis 30 ans. C’est
une priorité !
De plus, ne serait-il pas plus logique
de faire contourner une grande partie des 8000 camions
qui sillonnent chaque
jour l’autoroute Décarie et le pont Champlain
vers une autre voie pour libérer davantage les axes
autoroutiers du Grand Montréal? Au risque de me
répéter, les gouvernements doivent agir maintenant
!
Le dossier du transport en commun
est également
présent à l’agenda des priorités
pour notre région. Nous connaissons tous le travail
de l’Agence métropolitaine de transport. Cette
agence, de concert avec le réseau de transport de
nos trois grandes villes, a déjà produit
de bons résultats dans l’intégration
et le développement des modes du transport en commun
dans le Grand Montréal.
Cependant, il est important de penser à son rôle
dans l’avenir et de passer à une gestion impliquant
davantage les élus locaux. En fait, nous sommes
plusieurs à penser que Québec devrait se
désengager progressivement de l’Agence et
laisser le soin aux élus de la région de
décider des orientations et du développement
de ce secteur. D’ailleurs, c’est à l’unanimité que
la Communauté métropolitaine de Montréal
s’est prononcée dans ce dossier.
Dans la foulée de la Commission Nicolet et du rapport
Bernard qui devraient tous deux être rendus publics
dans les prochaines semaines, il est inconcevable que les élus
locaux ne puissent être les maîtres d’œuvre
d’une agence et des plans de développement
dans ce domaine. Il s’agit d’un secteur critique
et d’une grande importance pour le développement
du Grand Montréal.
Le gouvernement du Québec doit ainsi transférer
le contrôle de l’AMT à la CMM afin que
l’autorité politique responsable et imputable
des élus s’applique.
Dans un autre ordre d’idées, le développement
de la zone aéroportuaire de Saint-Hubert s’intègre
parfaitement à la réussite économique
de notre région. Cet aéroport possède
tous les atouts et est en soi un pôle économique
fort et prestigieux pour toute la région montréalaise.
Sa situation géographique, à quelques minutes
du centre-ville de Montréal, lui permet d’être
une alternative intéressante au développement
des vols d’affaires et d’être un solide
complément au développement de l’industrie
du tourisme et du cinéma du Grand Montréal.
Nous croyons que la mise en valeur
d’un tel site
repose bien entendu, sur l’implication de la Ville
de Longueuil, mais aussi du gouvernement du Québec
qui devra rapidement en reconnaître l’importance.
C’est une zone de plus de 300 hectares qui peut être
mise en valeur, incluant un aéroport que nous voulons
tous améliorer et rendre plus fonctionnel. Cette
zone deviendra ainsi la pierre angulaire du développement économique
sur la Rive-Sud. Le gouvernement du Québec devra
dans un avenir rapproché consentir à cette
zone les mêmes avantages qu’ailleurs. Nous
vous en ferons la demande, c’est une question d’équité.
Enfin, une autre façon d’augmenter la prospérité régionale,
c’est de donner aux villes de la CMM les moyens d’accroître
leurs revenus. À quelques jours de la présentation
de notre premier budget, nous savons tous que de nouveaux
outils seront nécessaires pour garder l’équilibre
entre notre offre de service et les attentes de la population.
Québec doit reconnaître le nouveau contexte
et s’asseoir avec les municipalités pour trouver
des solutions à leur manque à gagner.
Les villes nouvellement constituées ne pourront
subvenir aux besoins grandissants de leur population si
la situation ne change pas. Le Gouvernement doit donner
aux villes la latitude nécessaire en matière
de taxation de sorte que les fonds perçus directement
par les municipalités soient réinvestis adéquatement
tant dans leurs opérations que dans le développement
durable.
Nous sommes aussi préoccupés par le déficit
actuariel des fonds de pension des employés municipaux.
Ce déficit plaide en faveur d’une réouverture
du pacte fiscal à la lumière des dernières
données économiques et des récentes
fusions. La donne a passablement changé et le gouvernement
du Québec devrait en tenir compte. J’ai d’ailleurs
eu l’occasion de soulever cette question avec la
vice-première ministre du Québec à quelques
occasions.
Comme le proposait récemment le maire de Montréal,
je me permets de réitérer qu’un partage
de la TVQ pourrait constituer une modalité intéressante
pour les grandes villes comme Montréal, Québec,
Longueuil et Laval. À titre de vice-président
du comité exécutif de la Communauté métropolitaine
de Montréal, je crois que le leadership et le dynamisme
de la grande région de Montréal sont essentiels à la
prospérité du Québec.
Comme nous le savons, le territoire
de la CMM regroupe près de 50 % de la population du Québec.
Près de 73 % de l’activité économique
québécoise est concentrée ici-même.
Avec un poids semblable, nous devons travailler rapidement à accroître
notre place parmi les grands centres d’Amérique
du Nord. Nous sommes les artisans de la place qu’occupera
le Québec de nos enfants et de nos petits-enfants.
Nous possédons les outils nécessaires pour
réussir.
À travers la Communauté métropolitaine
de Montréal, l’économie régionale
doit s’articuler de manière non concurrentielle.
Soyons clairs, les municipalités de la CMM ne sont
pas directement en concurrence les unes avec les autres.
Nous sommes plutôt partenaires de notre développement
et de notre succès.
Nous assistons donc, dès maintenant, à la
mise en place d’outils complémentaires de
développement qui serviront à l’ensemble
de la région métropolitaine. Par exemple,
Montréal International s’assure de la promotion
et du développement international pour l’ensemble
de la grande région de Montréal. Tous les
projets que cette société nous amène
et que nous réalisons procurent des bénéfices à l’ensemble
des villes de la CMM. Notre progrès passe par la
mise en commun d’outils comme Montréal International
et d’autres sociétés qui collaborent à l’essor
de la région métropolitaine.
Je crois aussi que le bon fonctionnement
de la CMM passe par le maintien d’un équilibre entre tous
ses membres. Cette position n’est pas incompatible
avec la mise en commun des efforts. Au contraire, elle
assure le respect des intérêts locaux sans
lesquels il n’y a pas de développement régional
possible.
Somme toute, nous devons dégager une vision claire
du développement de la grande région de Montréal
qui fera consensus entre les membres. Le dynamisme de la
CMM aura un impact sur l’avenir de Longueuil et cette
dernière contribuera à l’accroissement
de la richesse sur tout le territoire de la région
métropolitaine.
Je sais que la prospérité de ma Ville est
intimement liée à celle de nos voisins. Les échanges
intermunicipaux doivent donc être courants, nombreux
et fructueux. Notre solidarité est au centre de
notre succès.
En guise de conclusion, laissez-moi
vous rappeler les dossiers que j’entends prioriser
au cours des prochains mois :
- Le parachèvement de l’autoroute
30, puisque cet axe autoroutier est essentiel pour atteindre
nos objectifs
de développement économique.
- La reconnaissance et le développement de la zone
aéroportuaire de Saint-Hubert. J’en suis convaincu,
cet aéroport est un outil qui permettra un accroissement
imposant de la richesse et qui contribuera à apporter
un nouvel élan au transport aérien.
- L’accroissement des revenus pour les municipalités.
Nous savons que des nouveaux outils seront nécessaires
afin d’équilibrer l’offre de service.
Pour ce faire, nous devrons générer des
recettes additionnelles.
Ainsi, pour le succès de la Communauté métropolitaine
de Montréal, je m’attends à ce que
tous les intervenants, et en particulier les gouvernements
de Québec et d’Ottawa, collaborent étroitement à l’évolution
de ces dossiers. La CMM, c’est le cœur de l’économie
québécoise. Nous devons en faire une véritable
réussite, c’est la clé du succès
du Québec de demain.
Notre but est de positionner le Grand
Montréal
au sein du palmarès des régions économiques
les plus prospères de l’Amérique du
Nord. L’occasion est là. Nous devons la saisir
et Longueuil jouera son rôle. Longueuil sera un partenaire
influent, exigent et incontournable. |