Discours prononcé par Monsieur André Boisclair à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain le 7 mars 2002


VOIR GRAND POUR LA MÉTROPOLE

Le discours lu fait foi de version finale

Monsieur le Président de la Chambre de commerce,
Mesdames et Messieurs collègues député€s et ministres,
Messieurs les maires de Montréal et de Laval,
Mesdames et Messieurs les maires et élus municipaux,
Mesdames et Messieurs de la table d’honneur,
Mesdames et Messieurs, Cher(e)s ami(e)s,

UNE MÉTROPOLE PASSIONNANTE QUI INVITE À VOIR GRAND

C’est un grand honneur pour moi que de m’adresser aujourd’hui à un auditoire aussi sélect de décideurs et de gestionnaires du secteur privé et du secteur public. Je vous remercie d’entrée de jeu de vous être déplacés en si grand nombre.

Chaque nouveau ministre responsable de la métropole contribue à sa façon au développement de Montréal, à partir de son bagage, de ses expériences, de sa vision. Il m’apparaît donc essentiel que je puisse vous livrer en quelques minutes la vision qui m’anime lorsqu’il est question de Montréal, les valeurs qui sont les miennes et qui détermineront tant le travail que j’entreprends que les projets et les idées qui m’inspirent.

Avant toute chose, je veux vous dire que je suis un passionné de la métropole. J’appartiens à cette génération qui vit pleinement l’esprit de Montréal. Cette génération qu’on a d’abord dite confortable des deux côtés du boulevard Saint-Laurent.

Cet univers urbain qui est le mien s’est cependant agrandi au fil des ans. Il englobe Longueuil et Laval de même que les couronnes Nord et Sud. Un univers qui frôle 3 millions et demi d’habitants. Des jeunes, des familles et des aînés qui aspirent - non plus quel que soit le côté du boulevard Saint-Laurent, mais bien quel que soit le côté du fleuve, de la rivière des Prairies ou de la rivière des Mille-Îles - à une même qualité de vie et à une même prospérité. Voilà à quoi je pense quand je pense à notre métropole.

J’ai vu la métropole s’embellir et se moderniser. J’ai goûté pleinement à son ouverture sur le monde et à sa diversité culturelle. J’ai mesuré sa remontée économique et sociale des dernières années.

Les progrès sont remarquables. J’aime notre métropole et je veux voir encore plus grand pour elle. Pour y parvenir, chacun doit y insuffler sa propre vision des choses. Ma vision, c’est celle d’une métropole qui est un moteur incontestable de l’économie de tout le Québec.

Une métropole dont les succès nationaux et internationaux rejaillissent sur tout le Québec.

Une métropole qui a de l’avenir, qui a de l’audace, qui a de l’ambition.

LE REGAIN DE VITALITÉ DE LA MÉTROPOLE EST LE FRUIT D’EFFORTS COLLECTIFS

Notre dynamisme s’incarne de bien des façons, mais vous conviendrez avec moi que la réorganisation municipale et territoriale en est une pièce majeure. Avec la mise en place de nouvelles villes et de la communauté métropolitaine, nous possédons maintenant les outils nécessaires à un développement encore plus ambitieux.

J’étais présent dans cette salle il y a deux ans quand votre président d’alors, Normand Legault, a pris position en faveur des regroupements municipaux et j’ai applaudi. Aujourd’hui, je tiens à vous dire combien votre appui a été déterminant. Je dirais même contagieux. Je reconnais ce même esprit qui vous anime lorsque aujourd’hui vous réclamez une communauté métropolitaine forte et cohérente. Comme vous, je pense qu’il y a un élément décisif dans l’idée de fondre notre action dans une vision régionale. De tous ces horizons, la métropole doit sortir gagnante de la réorganisation.

À nous maintenant de lui donner toute sa force.

Il y a dans cette salle une personne qui a mis tout son cœur, toute son intelligence, toute son énergie à construire un par un les éléments de cette grande réforme et qui en a fait un grand succès. Je me permets aujourd’hui de rendre hommage à une femme émérite. Une femme à qui, par un curieux hasard de la vie, j’ai succédé dans les fonctions ministérielles qu’on m’a confiées. Une femme qui depuis 21 ans représente les citoyens et citoyennes de Montréal à l’Assemblée nationale. J’ai nommé la députée d’Hochelaga-Maisonneuve, madame Louise Harel. Je vous invite à vous joindre à moi pour saluer le travail colossal qu’elle a accompli et pour souligner chaleureusement sa présence parmi nous aujourd’hui.

Ça me fait plaisir de le dire - et Louise le sait - la réforme municipale est pour moi source de la plus grande des fiertés. Je veux en témoigner : j’ai vu cette femme, avec enthousiasme et droiture, malgré les moments difficiles, tenir fermement le cap. Je sais aussi à quel point elle a su se mériter l’appui de deux premiers ministres. Te souviens-tu, Louise, de cette époque dans l’opposition où, avec Pauline Marois, Paul Bégin, Jocelyne Caron et quelques autres, nous discutions du rapport Pichette, afin de doter le programme du Parti québécois d’un chapitre sur la métropole ?

Ce fameux chapitre sur la métropole, nous venons incontestablement de lui donner une nouvelle consistance. Je suis bien fier de voir toutes les portes qu’il nous ouvre aujourd’hui. Ce qui me motive maintenant, c’est qu’on sache tous ensemble en tirer le meilleur.

Mesdames et Messieurs, je souhaite amorcer avec vous un dialogue sur d’importantes questions. Parmi celles-ci , il y a évidemment les nouvelles institutions, comme la Communauté métropolitaine de Montréal, que nous devons bâtir ensemble.

Il y a également les forces sur lesquelles je pense que nous devons construire une métropole d’avant-garde et d’avenir.

LA RÉGION DE MONTRÉAL EST PRÊTE POUR UN DÉVELOPPEMENT PLUS AMBITIEUX

Au cours des dernières semaines, j’ai eu le privilège d’avoir de très agréables et stimulants moments d’échange avec plusieurs maires et décideurs de la région métropolitaine.

Sur le terrain, avec ces personnes, j’ai tiré un premier constat : la reprise est bien enclenchée. La métropole s’est remise en mouvement, c’est clair. Ce qu’il faut maintenant générer, c’est du développement.

Au net, cinq ans après le Sommet économique de 1996 et son chantier sur la relance de la métropole, où en est-on ? Qu’avons-nous réussi tous ensemble ? Sans faire un bilan exhaustif, j’attire votre attention sur cinq grands indicateurs :

  • 222 600 emplois ont été créés1 dans la région métropolitaine ;
  • le taux de chômage a reculé de 3 points et demi (passant de 12,3 % à 8,8 %)2 ;
  • le nombre de chômeurs a baissé de 21 %3 ;
  • le nombre de personnes devant recourir à la sécurité du revenu a chuté de 29,2 % ; 139 100 personnes ont ainsi regagné leur autonomie financière4 ;
  • des investissements privés estimés pour 2001 qui dépassent de 50 % ceux de 19965

Ce dynamisme retrouvé n’est pas le fruit du hasard. Le gouvernement du Québec a fait preuve de leadership. Tout comme les autres acteurs, il a mis l’épaule à la roue. Avec les mesures fiscales développées par Bernard Landry alors ministre des Finances, nous avons équipé la région de nouveaux créneaux économiques. Ces créneaux structurants et d’avant-garde, vous les connaissez bien.

La Cité du multimédia, la Cité du commerce électronique, la Zone de commerce international de Montréal à Mirabel, la Cité de la biotechnologie et de la santé humaine du Montréal métropolitain à Laval et les carrefours de la nouvelle économie en sont des fleurons.

C’est également sous l’impulsion du gouvernement que la métropole est en train de se doter d’équipements collectifs de calibre international.

Le Palais des Congrès, la Grande Bibliothèque du Québec, le centre d’affaires de la Caisse de dépôt, au cœur du Quartier international, le complexe culturel Balmoral. Ce sont des équipements qui bénéficieront à l’essor de toute la région.

Dans la foulée du budget du 1er novembre dernier de ma collègue Pauline Marois, 3 milliards d’investissements publics vont déclencher des chantiers à court terme pour l’ensemble du Québec non seulement dans les infrastructures municipales, mais aussi dans la santé, l’éducation, la revitalisation urbaine et le transport. En matière de logement, plus de 40 000 familles bénéficieront de logements neufs ou rénovés dont plus de la moitié dans la métropole. Voilà autant de projets qui vont favoriser l’activité économique et qui nous permettent d’anticiper de nouveaux gains au plan de la productivité manufacturière, de l’innovation et de la qualité de vie.

Ce nouveau Montréal qui se bâtit jour après jour est le fruit d’efforts collectifs. Avec un contexte nord-américain favorable, le secteur privé, porté par les secteurs de haute technologie et une nouvelle génération d’entrepreneurs et de créateurs, est le principal moteur de ce regain de dynamisme. Jamais les Montréalais et Montréalaises n’ont autant créé.

Convenons-nous aussi, jamais le gouvernement du Québec n’a autant appuyé sa métropole.

Voir grand pour la suite des choses

Ce renouveau, il est salué par la presse internationale.

Quand le Financial Times de Londres parle de nous de façon élogieuse,

Quand la revue Wired classe Montréal au 5e rang parmi les 42 centres mondiaux pour la haute technologie,

Quand notre qualité de vie et le Montréal gastronomique sont louangés par la revue Wallpaper et le New York Times, nous avons raison de nous réjouir du travail accompli. Je vois cependant dans ces succès une obligation de persévérance et de dépassement, d’autant plus que la compétition des autres grandes villes du monde est des plus vives.

C’est le moment comme jamais, pour nous tous et toutes, de faire preuve de leadership et de mettre le cap sur des projets mobilisateurs. Ce sont les gens qui marquent les institutions et non le contraire. Ce qu’il nous faut avant tout, c’est une vision, des idées et des projets. C’est là où la communauté d’affaires peut faire toute la différence.

Tout cela pour vous dire que la métropole a laquelle j’aspire,

  • c’est une métropole reconnue pour sa qualité de vie et l’efficacité de ses services publics ;
  • c’est une métropole réputée pour la qualité et le génie de ses ressources humaines ;
  • c’est une métropole dont le dynamisme et l’esprit d’entrepreneurship sont gages de prospérité pour tout le Québec ;
  • c’est une métropole qui se démarque pour son ouverture sur le monde et sa modernité.

Dans les mois à venir, je n’aurai de cesse que de plaider l’esprit de la réforme, l’exigence d’une vision globale et d’une action concertée. Une vision stratégique du développement culturel, économique, social et environnemental. En somme, une vision de prospérité, de développement durable.

Une vision et une action qui ne peuvent être élaborées qu’à l’échelle régionale. C’est pourquoi j’accorde tant d’importance à la nouvelle communauté métropolitaine de Montréal, celle que j’appelle familièrement la CMM. La communauté métropolitaine que nous sommes à bâtir, nous devons la réussir.

Cette communauté qui, en plus de ses 3,4 millions d’habitants - qu’ils soient de Longueuil, Montréal, Laval ou des couronnes - regroupe 52 % des industries manufacturières de l’ensemble du Québec, 70 % des établissements manufacturiers de haute technologie et 90 % des dépenses en recherche et développement.

Pour réussir la Communauté métropolitaine de Montréal, je vous propose deux objectifs.

Premier objectif: Nous donner rapidement un plan d’action intégrée de développement de la métropole.

Au cours des prochains mois, la CMM élaborera ce plan. Il devra prendre en compte des enjeux aussi différents que ceux relatifs à la fluidité de la circulation, à la prospérité économique, à la protection de l’environnement, à la qualité de la vie, à l’enrichissement collectif, à l’attractivité de la vie urbaine ainsi qu’au foisonnement culturel, etc. C’est exigeant, mais c’est aussi une belle opportunité de voir grand.

Une telle entreprise exige, au premier chef, la participation active de toutes les municipalités membres de la CMM et surtout la mise en valeur de toute cette expertise qui existe déjà dans le milieu municipal. Une telle entreprise exigera aussi la contribution des gens d’affaires et d’autres groupes organisés car la gouvernance locale c’est aussi leur affaire, votre affaire. D’emblée, soyez assurés que le soutien continu du gouvernement et celui, en particulier, du ministère des Affaires municipales et de la Métropole est acquis à la CMM.

Face au mouvement de la mondialisation et à la montée de la société civile, la modernisation de l’administration publique et l’instauration d’une nouvelle gouvernance locale sont devenues des impératifs dans tous les pays industriels avancés.

Aujourd’hui, aucun élu municipal, pas plus que les gens d’affaires, ne peut faire fi de la conjoncture internationale !

N’avons-nous pas fait les frais depuis trop longtemps de l’absence d’une vision intégrée du développement qui tienne compte, justement, d’un bon nombre de problématiques d’envergure internationale ?

En confiant à la CMM des responsabilités majeures et des secteurs stratégiques d’intervention pour le développement de la métropole, le gouvernement a voulu remédier à cette situation. Il revient maintenant à la CMM de développer son leadership, avec ses partenaires. Il y a, à cet égard, une obligation de résultat.

Cette entreprise exige aussi que nous ayons toujours en tête l’alchimie heureuse qu’est Montréal.

Que nous portions haut dans nos préoccupations l’harmonie lucide entre les générations, l’harmonie avec la communauté anglophone ainsi qu’avec les milliers d’hommes et de femmes qui viennent se joindre à nous de partout dans le monde.

L’harmonie est porteuse de développement. Pensez par exemple à celle retrouvée avec les Cris. Grâce à ce dialogue renouvelé, nous pouvons envisager la réalisation de projets économiques de prime importance pour le Québec.

Le deuxième objectif que je propose, c’est d’avoir adopté, d’ici 2005, un nouveau schéma d’aménagement du territoire.

Un schéma qui mise sur le renouveau urbain et l’aménagement métropolitain durable.

Un projet d’aménagement du territoire qui repose sur 4 principes : solidarité, attraction, compétitivité et viabilité.

Aujourd’hui, nous le constatons, l’action des instances régionales en matière d’aménagement du territoire s’est trop souvent limitée aux interventions commandées par la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme. Pour positionner la région métropolitaine parmi les grandes agglomérations du monde, il est impératif de faire surgir un projet de développement structuré et englobant pour l’ensemble de la région.

Ce projet, le gouvernement a commencé à l’alimenter de différentes façons. Notamment par l’adoption, en juin dernier, du Cadre d’aménagement pour la région métropolitaine de Montréal. Pour la première fois, l’ensemble des ministères et mandataires gouvernementaux intervenant en aménagement du territoire ont dessiné une vision de l’avenir de la métropole, et ce, pour les vingt prochaines années.

Il revient maintenant à la CMM de pousser plus loin l’exercice. Pour ma part, je veillerai à assurer la cohérence et la coordination des nombreuses interventions gouvernementales sur le territoire de l’agglomération montréalaise. Je veillerai également à épauler le milieu municipal et régional dans ses choix d’aménagement.

La planification optimale des infrastructures de transport en commun dans un objectif de développement durable et d’amélioration de la qualité environnementale est un élément névralgique du schéma d’aménagement. Il y a là un sérieux travail à faire, notamment pour la banlieue qui doit investiguer davantage du côté du transport collectif.

Assurer la mobilité aisée de la main-d’œuvre, réduire les coûts de production des entreprises par une localisation à proximité d’infrastructures de transport efficaces, se préoccuper des impacts de la congestion routière, cela nous ramène aux enjeux du développement économique.

Nous devons miser sur les pôles économiques à caractère international que sont le Centre-ville de Montréal, Saint-Laurent-Dorval, Anjou-Mercier, incluant la zone portuaire, le Centre de Laval et la Zone de commerce international de Mirabel. Cela, en pleine complicité avec Longueuil et la Rive-Nord qui comptent des atouts indéniables pour le développement de la métropole.

Déjà, les ministères et organismes mandataires sont à identifier les interventions gouvernementales prioritaires. J’entends soumettre ces propositions à mes collègues rapidement au printemps.

Je n’ai cependant pas l’intention de m’en tenir uniquement aux grandes orientations. Je n’ai pas l’intention d’attendre pour « agir ».

Je vous donne un avant-goût de nos travaux : prenons la volonté du gouvernement du Québec de travailler au renouveau urbain des quartiers anciens. Première nouveauté : cette initiative mise sur une bonne coordination interministérielle et sur la concertation municipale. Son but est de maximiser les efforts publics, privés et communautaires tout en mettant à profit les programmes sectoriels existants. Deuxième nouveauté : cette initiative endosse les principes du développement durable.

Cette intervention intelligente permettra de repenser un vieux quartier et de le restructurer selon une vue d’ensemble. La rénovation des équipements et des services collectifs, la réhabilitation des terrains contaminés, la revitalisation des artères et des pôles commerciaux, la restauration de logements, la mise en valeur du patrimoine urbain et architectural, l’enfouissement du réseau électrique, tout cela devient un projet intégré et coordonné.

Dans la région métropolitaine de Montréal, des investissements totaux de 100 millions de dollars seront réalisés à part égale par le gouvernement du Québec et les municipalités d’ici 2003-3004.

En somme, je suis convaincu que le bon fonctionnement de la Communauté métropolitaine de Montréal est notre meilleur gage de succès quant à l’atteinte des deux grands objectifs que je viens d’énoncer. Sa vocation qui consiste à intégrer dans une vision commune les plans de développement de chacune des villes situées sur son territoire est primordiale. Il est maintenant temps que tous les acteurs serrent les rangs pour soutenir et renforcer cette institution en devenir.

Réussir la CMM, c’est aussi assurer le succès des nouvelles villes

Réussir la CMM, c’est aussi assurer le succès de nos nouvelles villes. Leur mise en place est un défi en soi, nous en convenons. Il y aura au cours des prochains mois, si les villes le souhaitent, encore des ajustements à apporter.

Par exemple, je suis personnellement désireux d’établir de meilleurs liens de confiance entre le gouvernement du Québec et les administrations municipales. Comment expliquer qu’encore aujourd’hui le ministère des Affaires municipales et de la Métropole exige la même quantité de contrôle a priori pour Montréal, Laval et Longueuil que pour une municipalité de petite taille.

Les administrations municipales des grandes villes sont compétentes. Il faut le reconnaître dans la législation. J’envisage ainsi la possibilité d’en arriver à une nouvelle entente avec les villes centres.

Je suis prêt à m’asseoir avec chacune d’entre elles pour élaborer un véritable « contrat de ville ».

Un contrat personnalisé qui appuiera leur développement à court et à moyen terme. Un contrat qui pourrait par exemple couvrir les programmes d’aide aux regroupements municipaux, la mise à niveau des infrastructures et le programme de renouveau des quartiers urbains dont je vous ai parlé plus tôt.

Il est clair à mes yeux que le ministère que je dirige devra aussi repenser ses approches pour mieux épauler les nouvelles grandes villes. J’ai déjà assuré ces 9 maires de ma collaboration à cet égard et je la réitère aujourd’hui. L’État québécois doit être capable de mieux servir leurs administrations.

Cette idée de contrat, je l’ai aussi évoquée avec les gens de la communauté métropolitaine. Je travaille déjà sur la question de l’air, de l’eau, de la gestion des matières résiduelles ainsi que sur celle de la protection des boisés et des espaces verts. C’est une première étape. Je souhaite pouvoir ouvrir la discussion sur d’autres sujets.

Vous comprenez donc que si le gouvernement est prêt à convenir d’un contrat avec les villes, il est aussi disposé à s’asseoir avec les communautés métropolitaines pour convenir de contrats de communauté.

Je conclus en soulignant l’intérêt que le gouvernement accorde au Sommet de Montréal qui se tiendra en juin prochain. Je me réjouis de l’intention du maire de Montréal de mobiliser tous les citoyens et groupes qui ont à cœur la réussite de cette nouvelle ville. Quand le maire de Montréal, qui est d’office le président de la CMM, dit qu’il veut que tous les acteurs « mettent en commun leurs attentes, priorisent leurs actions et leurs projets et définissent un plan d’action réaliste », je salue l’initiative.

Il y a là une belle occasion de renforcer le sentiment d’appartenance autour de la grande métropole.

Cette démarche, Monsieur le Maire de Montréal, j’ai l’intention de l’accompagner. Il m’apparaît toutefois incontournable qu’elle soit conduite dans le respect du cadre financier du gouvernement du Québec qui a conduit à l’historique Pacte fiscal récemment signé ainsi que dans le respect des compétences du gouvernement du Québec en matière d’affaires municipales.

Je sais aussi que la Chambre de commerce suit de près toutes les questions que je viens d’aborder. Le colloque Montréal 2017, qu’elle organise en avril prochain pour explorer ce que sera la métropole dans 15 ans, est une autre excellente initiative que j’appuierai.

Voir grand et miser sur nos forces.

Voir grand, c’est finalement saisir notre avenir à pleines mains. Et, nous avons un bel avenir.

Je suis de cette génération qui ne peut concevoir Montréal que comme cité du savoir, ville internationale, ville de couleurs, ville de culture, ville de technologie, ville qui rayonne et qui fait l’envie de plusieurs.

Nous disposons d’atouts considérables pour concurrencer et gagner sur les marchés internationaux dans des secteurs où l’existence d’une masse critique, les coûts d’exploitation et la disponibilité de main-d’œuvre qualifiée sont déterminants.

La force de la métropole s’appuie sur le savoir-faire et l’efficience en matière de gestion. KPMG a récemment classé Montréal au premier rang parmi 86 villes de plus de 2 millions d’habitants dans 9 pays pour les coûts d’opération d’une entreprise.

En additionnant maintenant nos forces, nous serons encore plus redoutables.

Nous sommes parmi les leaders en aérospatiale. Nous sommes parmi les leaders dans les télécommunications, dans les technologies de l’information. Il en va de même pour le secteur des sciences de la vie.

Sous l’impulsion de la révolution biotechnologique en cours, ce secteur connaîtra un essor fulgurant. On parle d’une croissance annuelle de 30 % et d’un marché évalué à 544 milliards de dollars d’ici 2009. Nous avons la masse critique et les atouts pour agir comme l’un des grands centres mondiaux.

Conséquemment, une entreprise biopharmaceutique implantée à Montréal peut réaliser sur place tous les cycles de développement de nouveaux médicaments, de la recherche fondamentale à la commercialisation.

La Cité de la biotechnologie et de la santé humaine du Montréal Métropolitain à Laval, qui résulte d’une étroite collaboration entre la Ville de Laval, l’INRS-Santé et le gouvernement du Québec constitue aussi un atout de taille pour l’essor de ce secteur.

La région bénéficiera prochainement de 2 milliards de dollars d’investissements dans son réseau hospitalier universitaire. Il faut s’assurer qu’en plus de répondre à sa vocation première, cet investissement serve de catalyseur au développement. Planifier ces investissements sans profiter de l’effet de levier pour le secteur privé serait une grande erreur.

Il faut là aussi voir grand. Il faut là aussi avoir une vision.

Ce défi est des plus stimulants. Dans le Newsweek du 18 février dernier, l’ancien secrétaire au trésor des Etats-Unis, Larry Summers, maintenant président de l’Université Harvard, annonce en douce qu’il vient de faire l’acquisition de 100 acres de terrains en banlieue de Boston.

Son objectif : propulser encore davantage la région de Boston comme pôle international dans les sciences de la vie.

Il a la volonté, les ressources, les cerveaux et un appui formidable du secteur privé. Plus près de nous, Mike Harris appuyé par les milieux d’affaires de Toronto, vient d’annoncer le projet MARS, un projet inspiré du modèle québécois de cité des biotechnologies.

L’objectif : 1,2 million de pieds carrés dont 620 000 d’ici 2004, construits dans cinq édifices, pour héberger des laboratoires, des entreprises et des centres de recherche consacrés exclusivement aux sciences de la vie. Le tout situé à deux pas du Toronto General dans ce qu’il appelle Discovery District. Juste pour faire la promotion de ce projet, le secteur privé y est allé d’une somme de 10 millions de $.

Ce potentiel de développement, nous aussi nous l’avons. Les terrains avoisinant les nouveaux centres hospitaliers sont là, certains anciens hôpitaux seront disponibles et nos talents ne souhaitent qu’à donner le meilleur d’eux-mêmes. Nous avons les moyens. À nous d’avoir la volonté.

L’accroissement des exportations internationales et de notre productivité est un autre défi du même calibre.

Il peut sembler paradoxal de parler d’un défi de productivité au moment où nos entreprises n’ont jamais autant exporté.

Vous le savez, les exportations représentent près de 55 % du PIB québécois, ce qui fait de notre économie l’une des plus ouvertes au monde.

Le gouvernement a déjà indiqué qu’il poursuivra ses efforts pour appuyer nos entreprises sur les marchés extérieurs. Mais pour saisir toutes les occasions d’affaires et se développer à long terme, leurs produits et services doivent rester innovateurs et hautement compétitifs.

Je rappelle que près de 85 % des exportations du Québec à l’international sont dirigées vers les États-Unis avec une forte concentration dans le marché nord-est. Il y a lieu de continuer à se positionner dans le cadre des Amériques.

Je m’intéresse particulièrement au triangle Boston - New York - Chicago, notre marché le plus naturel. J’encourage le milieu des affaires à y multiplier les missions de prospection et de promotion. Avec le concours des délégations du Québec dans ces villes, je souhaite personnellement contribuer à une nouvelle percée de ces marchés. Je m’emploierai au cours des prochains mois à susciter l’intérêt des grandes villes du Québec à cet égard, aussi bien du point de vue de mes responsabilités à titre de ministre d’État des Affaires municipales et de la Métropole qu’au chapitre de la protection de l’environnement. D’ailleurs, l’entente que le Québec a signée avec les premiers ministres de l’Atlantique et les gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre offre de nouvelles occasions.

Voilà autant d’occasions pour relayer des messages positifs au sujet de la métropole. Pour soutenir un climat d’investissement, au-delà des efforts individuels, il nous faut - je vous le disais tout à l’heure - une stratégie de promotion clairement articulée et qui permette à la région de se démarquer.

À ce point de vue, la métropole dispose d’un outil innovateur et stratégique en matière de promotion et de prospection à l’international Montréal International. J’invite le secteur privé à s’y associer encore plus étroitement.

Le rayonnement du Grand Montréal, c’est aussi celui de l’industrie touristique qui, bien que plus traditionnelle que les secteurs précédents, constitue un domaine en constante évolution. Nous miserons donc aussi sur ce créneau, qu’il s’agisse de tourisme individuel, de congrès, de foires ou d’expositions internationales.

De fait, l’industrie touristique s’annonce comme l’une de celles qui enregistrera les plus fortes croissances au cours des prochaines années. La promotion touristique, particulièrement celle qu’effectue Tourisme Montréal, a beaucoup bénéficié de l’implantation par le gouvernement d’une taxe sur les nuitées. Les bénéfices pour la métropole sont significatifs tout comme le sont plus encore ceux associés aux travaux d’expansion du Palais des Congrès qui répondra aux besoins des congrès majeurs.

Les travaux ne sont pas encore terminés que déjà on annonce que Montréal accueillera en septembre 2005 le plus important congrès médical de son histoire. Un événement réunissant 15 000 personnes qui à lui seul générera des retombées économiques de 34 millions de $ pour la métropole.

La métropole offre aussi un grand potentiel du côté des salons et foires commerciales de calibre international.

Mon point de vu, c’est qu’il est grand temps de travailler de concert avec les promoteurs pour s’entendre sur une offre métropolitaine mieux intégrée. Même chose pour la stratégie de prospection et de démarchage.

Cette étape est essentielle avant de faire tout choix d’investissement dans les infrastructures à revitaliser ou à développer. Je suis d’avis qu’il y a lieu pour la métropole de procéder rapidement. Je suis prêt à initier cette démarche. Des signaux clairs du secteur privé stimuleront mon enthousiasme.

En résumé, mon engagement ferme à titre de ministre de la Métropole consiste à maintenir et à développer, en collaboration avec mes collègues de ministères concernés, toutes les conditions de succès et de compétitivité nécessaires à notre croissance.

La première de ces conditions est sans aucun doute la qualité et le génie de notre main-d’œuvre. Avec ses quatre universités, ses écoles supérieures en administration, en commerce et en génie, ses collèges et ses écoles techniques, Montréal dispose d’un réseau de formation et de recherche de qualité supérieure.

La main-d’œuvre représente à mes yeux ni plus ni moins qu’un créneau en soi car investir dans le savoir sera toujours le meilleur choix.

La seconde condition de succès est liée à l’existence d’infrastructures appropriées, notamment en termes de transport et de déplacements. Le plan de transport auquel veille mon collègue Serge Ménard prévoit à ce chapitre une série de mesures et de projets bien concrets pour faciliter les déplacements et diminuer les coûts qui y sont associés.

La troisième condition et non la moindre est celle de notre compétitivité au chapitre des avantages fiscaux favorisant notamment les nouvelles implantations, la recherche et le développement. Le Premier ministre et la ministre des Finances ont démontré que le gouvernement est capable de faire preuve de grande créativité lorsqu’il s’agit d’appuyer le développement de secteurs spécifiques.

Mais toutes ces conditions - main-d’œuvre qualifiée, infrastructures performantes et fiscalité compétitive - n’ont de valeur que lorsque la qualité de vie est au rendez-vous. C’est ce que nous visons pour tous nos concitoyens.

En effet, la prospérité ne trouve son sens véritable que dans la mesure où elle favorise le mieux-être de la population, qu’il s’agisse de l’accès à des logements adéquats, d’une vie culturelle et sportive plus riche et diversifiée ou encore tout simplement d’une vie de quartier animée, de parcs à proximité des résidences, le tout dans un environnement sécuritaire.

En conclusion, le cumul de nos forces dans la région métropolitaine est impressionnant compte tenu de sa taille. Ce tour d’horizon n’est ni plus ni moins qu’un rappel. À nous de continuer sur notre lancée, à nous d’avoir la générosité, d’en faire bénéficier le plus grand nombre possible dans un Québec que nous voulons plus riche, plus confiant et plus solidaire.

Quand je nous invite à voir grand pour la métropole, je nous invite surtout à voir grand avec les citoyens et les citoyennes de toute la région métropolitaine.

Voir grand n’a de sens que si on réussit tous ensemble par nos actions à améliorer leur qualité de vie. De tous les indicateurs, celui de la qualité de vie est celui que je vous propose d’emblée. N’est-il pas le facteur le plus déterminant dans le développement des grandes métropoles ?

Nous devons viser une croissance intelligente et durable.

La sécurité de nos rues et quartiers, l’abondance de nos parcs et espaces verts, à Laval ou dans l’Ouest, au mont Royal ou au mont Saint-Bruno, l’accès au fleuve et aux rivières qui jalonnent notre territoire, tout cela fait partie de la qualité de vie. Les activités artistiques qui sont l’apanage de la métropole, nos festivals, nos événements culturels et nos bons restaurants, ces atouts, il faut les cultiver. Imaginez ce que sera la rue Sainte-Catherine quand le Parc des Festivals sera une réalité.

La qualité de vie, c’est également ce souci d’équité et de solidarité envers les plus vulnérables dans nos quartiers et dans les arrondissements. C’est une vision qui concilie développement économique, progrès social et protection de notre environnement.

Pour pousser plus loin, il faut assumer du leadership. Un leadership à l’échelle de la métropole.

Ce leadership doit aussi s’affirmer dans notre complicité avec les autres régions du Québec. Le Premier ministre plaide un destin commun et la solidarité pour l’ensemble des régions du Québec. Il faut entendre cet appel.

S’il y a un défi commun à la métropole et aux régions, c’est bien celui de garder nos jeunes au Québec. C’est de faire en sorte que la génération montante soit la plus scolarisée. À terme, voilà la meilleure façon d’assurer le positionnement stratégique du Québec.

C’est de cette façon là que je perçois notre avenir.

J’ai dit qu’il nous fallait voir plus grand.

Voir plus grand en donnant un nouvel élan aux rêves que d’autres ont portés avant nous.

Voir plus grand en dotant notre nouvelle communauté métropolitaine d’une vision et d’un plan d’action nous permettant de nous hisser parmi les plus belles et les plus prospères métropoles du monde.

Voilà ce à quoi j’ai le goût de travailler avec enthousiasme, avec mes meilleures énergies et surtout avec toute la rigueur nécessaire.

Voilà surtout ce que j’ai le goût de faire avec vous, vous qui êtes parmi les grands acteurs et les grands artisans de cette formidable métropole. L’équipe gouvernementale de députés et ministres quant à elle voit grand !

Nous sommes vos meilleurs alliés.

Je vous remercie de votre attention.

 

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Note1
Source : Statistiques Canada, EPA, Emploi désaisonnalisé, octobre 1996 - janvier 2002 pour la RMR de Montréal.

Note2
Source : Statistique Canada, EPA, Taux de chômage désaisonnalisé, octobre 1996 - janvier 2002 pour la RMR de Montréal.

Note3
Source : Statistique Canada, EPA, nombre de chômeurs désaisonnalisé, octobre 1996 - janvier 2002 pour la RMR de Montréal.

Note4
Source : Gouvernement du Québec - Ministère de la Solidarité, octobre 1996 - octobre 2001 pour le Grand Montréal (cinq régions administratives)

Note5
Source : Institut de la Statistique du Québec, moyennes annuelles, données produites en date du 28 janvier 2002.