Discours prononcé par Monsieur André Boisclair à la
Chambre de commerce du Montréal métropolitain
le 7 mars 2002
VOIR GRAND POUR LA MÉTROPOLE
Le discours lu fait foi de version finale
Monsieur le Président de la Chambre
de commerce,
Mesdames et Messieurs collègues député€s
et ministres,
Messieurs les maires de Montréal et de Laval,
Mesdames et Messieurs les maires et élus municipaux,
Mesdames et Messieurs de la table d’honneur,
Mesdames et Messieurs, Cher(e)s ami(e)s,
UNE MÉTROPOLE PASSIONNANTE QUI INVITE À VOIR
GRAND
C’est un grand honneur pour moi que de m’adresser
aujourd’hui à un auditoire aussi sélect
de décideurs et de gestionnaires du secteur privé et
du secteur public. Je vous remercie d’entrée
de jeu de vous être déplacés en si
grand nombre.
Chaque nouveau ministre responsable de la métropole
contribue à sa façon au développement
de Montréal, à partir de son bagage, de ses
expériences, de sa vision. Il m’apparaît
donc essentiel que je puisse vous livrer en quelques minutes
la vision qui m’anime lorsqu’il est question
de Montréal, les valeurs qui sont les miennes et
qui détermineront tant le travail que j’entreprends
que les projets et les idées qui m’inspirent.
Avant toute chose, je veux vous dire que je suis un passionné de
la métropole. J’appartiens à cette
génération qui vit pleinement l’esprit
de Montréal. Cette génération qu’on
a d’abord dite confortable des deux côtés
du boulevard Saint-Laurent.
Cet univers urbain qui est le mien s’est cependant
agrandi au fil des ans. Il englobe Longueuil et Laval de
même que les couronnes Nord et Sud. Un univers qui
frôle 3 millions et demi d’habitants. Des jeunes,
des familles et des aînés qui aspirent - non
plus quel que soit le côté du boulevard Saint-Laurent,
mais bien quel que soit le côté du fleuve,
de la rivière des Prairies ou de la rivière
des Mille-Îles - à une même qualité de
vie et à une même prospérité.
Voilà à quoi je pense quand je pense à notre
métropole.
J’ai vu la métropole s’embellir et
se moderniser. J’ai goûté pleinement à son
ouverture sur le monde et à sa diversité culturelle.
J’ai mesuré sa remontée économique
et sociale des dernières années.
Les progrès sont remarquables. J’aime notre
métropole et je veux voir encore plus grand pour
elle. Pour y parvenir, chacun doit y insuffler sa propre
vision des choses. Ma vision, c’est celle d’une
métropole qui est un moteur incontestable de l’économie
de tout le Québec.
Une métropole dont les succès nationaux
et internationaux rejaillissent sur tout le Québec.
Une métropole qui a de l’avenir, qui a de
l’audace, qui a de l’ambition.
LE REGAIN DE VITALITÉ DE LA MÉTROPOLE
EST LE FRUIT D’EFFORTS COLLECTIFS
Notre dynamisme s’incarne de bien des façons,
mais vous conviendrez avec moi que la réorganisation
municipale et territoriale en est une pièce majeure.
Avec la mise en place de nouvelles villes et de la communauté métropolitaine,
nous possédons maintenant les outils nécessaires à un
développement encore plus ambitieux.
J’étais présent dans cette salle il
y a deux ans quand votre président d’alors,
Normand Legault, a pris position en faveur des regroupements
municipaux et j’ai applaudi. Aujourd’hui, je
tiens à vous dire combien votre appui a été déterminant.
Je dirais même contagieux. Je reconnais ce même
esprit qui vous anime lorsque aujourd’hui vous réclamez
une communauté métropolitaine forte et cohérente.
Comme vous, je pense qu’il y a un élément
décisif dans l’idée de fondre notre
action dans une vision régionale. De tous ces horizons,
la métropole doit sortir gagnante de la réorganisation.
À nous maintenant de lui donner toute sa force.
Il y a dans cette salle une personne qui a mis tout son
cœur, toute son intelligence, toute son énergie à construire
un par un les éléments de cette grande réforme
et qui en a fait un grand succès. Je me permets
aujourd’hui de rendre hommage à une femme émérite.
Une femme à qui, par un curieux hasard de la vie,
j’ai succédé dans les fonctions ministérielles
qu’on m’a confiées. Une femme qui depuis
21 ans représente les citoyens et citoyennes de
Montréal à l’Assemblée nationale.
J’ai nommé la députée d’Hochelaga-Maisonneuve,
madame Louise Harel. Je vous invite à vous joindre à moi
pour saluer le travail colossal qu’elle a accompli
et pour souligner chaleureusement sa présence parmi
nous aujourd’hui.
Ça me fait plaisir de le dire - et Louise le sait
- la réforme municipale est pour moi source de la
plus grande des fiertés. Je veux en témoigner
: j’ai vu cette femme, avec enthousiasme et droiture,
malgré les moments difficiles, tenir fermement le
cap. Je sais aussi à quel point elle a su se mériter
l’appui de deux premiers ministres. Te souviens-tu,
Louise, de cette époque dans l’opposition
où, avec Pauline Marois, Paul Bégin, Jocelyne
Caron et quelques autres, nous discutions du rapport Pichette,
afin de doter le programme du Parti québécois
d’un chapitre sur la métropole ?
Ce fameux chapitre sur la métropole, nous venons
incontestablement de lui donner une nouvelle consistance.
Je suis bien fier de voir toutes les portes qu’il
nous ouvre aujourd’hui. Ce qui me motive maintenant,
c’est qu’on sache tous ensemble en tirer le
meilleur.
Mesdames et Messieurs, je souhaite amorcer avec vous un
dialogue sur d’importantes questions. Parmi celles-ci
, il y a évidemment les nouvelles institutions,
comme la Communauté métropolitaine de Montréal,
que nous devons bâtir ensemble.
Il y a également les forces sur lesquelles je pense
que nous devons construire une métropole d’avant-garde
et d’avenir.
LA RÉGION DE MONTRÉAL EST PRÊTE POUR
UN DÉVELOPPEMENT PLUS AMBITIEUX
Au cours des dernières semaines, j’ai eu
le privilège d’avoir de très agréables
et stimulants moments d’échange avec plusieurs
maires et décideurs de la région métropolitaine.
Sur le terrain, avec ces personnes, j’ai tiré un
premier constat : la reprise est bien enclenchée.
La métropole s’est remise en mouvement, c’est
clair. Ce qu’il faut maintenant générer,
c’est du développement.
Au net, cinq ans après le Sommet économique
de 1996 et son chantier sur la relance de la métropole,
où en est-on ? Qu’avons-nous réussi
tous ensemble ? Sans faire un bilan exhaustif, j’attire
votre attention sur cinq grands indicateurs :
- 222 600 emplois ont été créés1 dans
la région métropolitaine ;
- le taux de chômage a reculé de
3 points et demi (passant de 12,3 % à 8,8 %)2 ;
- le nombre de chômeurs a baissé de
21 %3 ;
- le nombre de personnes devant recourir à la
sécurité du
revenu a chuté de 29,2 % ; 139 100 personnes ont
ainsi regagné leur autonomie financière4 ;
- des investissements privés estimés
pour 2001 qui dépassent de 50 % ceux de 19965 …
Ce dynamisme retrouvé n’est pas le fruit
du hasard. Le gouvernement du Québec a fait preuve
de leadership. Tout comme les autres acteurs, il a mis
l’épaule à la roue. Avec les mesures
fiscales développées par Bernard Landry alors
ministre des Finances, nous avons équipé la
région de nouveaux créneaux économiques.
Ces créneaux structurants et d’avant-garde,
vous les connaissez bien.
La Cité du multimédia, la Cité du
commerce électronique, la Zone de commerce international
de Montréal à Mirabel, la Cité de
la biotechnologie et de la santé humaine du Montréal
métropolitain à Laval et les carrefours de
la nouvelle économie en sont des fleurons. C’est également sous l’impulsion du
gouvernement que la métropole est en train de se
doter d’équipements collectifs de calibre
international.
Le Palais des Congrès, la Grande Bibliothèque
du Québec, le centre d’affaires de la Caisse
de dépôt, au cœur du Quartier international,
le complexe culturel Balmoral. Ce sont des équipements
qui bénéficieront à l’essor
de toute la région.
Dans la foulée du budget du 1er novembre dernier
de ma collègue Pauline Marois, 3 milliards d’investissements
publics vont déclencher des chantiers à court
terme pour l’ensemble du Québec non seulement
dans les infrastructures municipales, mais aussi dans la
santé, l’éducation, la revitalisation
urbaine et le transport. En matière de logement,
plus de 40 000 familles bénéficieront de
logements neufs ou rénovés dont plus de la
moitié dans la métropole. Voilà autant
de projets qui vont favoriser l’activité économique
et qui nous permettent d’anticiper de nouveaux gains
au plan de la productivité manufacturière,
de l’innovation et de la qualité de vie.
Ce nouveau Montréal qui se bâtit jour après
jour est le fruit d’efforts collectifs. Avec un contexte
nord-américain favorable, le secteur privé,
porté par les secteurs de haute technologie et une
nouvelle génération d’entrepreneurs
et de créateurs, est le principal moteur de ce regain
de dynamisme. Jamais les Montréalais et Montréalaises
n’ont autant créé.
Convenons-nous aussi, jamais le gouvernement du Québec
n’a autant appuyé sa métropole.
Voir grand pour la suite des choses
Ce renouveau, il est salué par la presse internationale.
Quand le Financial Times de Londres parle de nous de façon élogieuse,
Quand la revue Wired classe Montréal au 5e rang
parmi les 42 centres mondiaux pour la haute technologie,
Quand notre qualité de vie et le Montréal
gastronomique sont louangés par la revue Wallpaper
et le New York Times, nous avons raison de nous réjouir
du travail accompli. Je vois cependant dans ces succès
une obligation de persévérance et de dépassement,
d’autant plus que la compétition des autres
grandes villes du monde est des plus vives.
C’est le moment comme jamais, pour nous tous et
toutes, de faire preuve de leadership et de mettre le cap
sur des projets mobilisateurs. Ce sont les gens qui marquent
les institutions et non le contraire. Ce qu’il nous
faut avant tout, c’est une vision, des idées
et des projets. C’est là où la communauté d’affaires
peut faire toute la différence.
Tout cela pour vous dire que la métropole a laquelle
j’aspire,
- c’est une métropole reconnue
pour sa qualité de
vie et l’efficacité de ses services publics
;
- c’est une métropole réputée
pour la qualité et le génie de ses ressources
humaines ;
- c’est une métropole dont le dynamisme
et l’esprit d’entrepreneurship sont gages de
prospérité pour
tout le Québec ;
- c’est une métropole
qui se démarque
pour son ouverture sur le monde et sa modernité.
Dans les mois à venir, je n’aurai de cesse
que de plaider l’esprit de la réforme, l’exigence
d’une vision globale et d’une action concertée.
Une vision stratégique du développement culturel, économique,
social et environnemental. En somme, une vision de prospérité,
de développement durable.
Une vision et une action qui ne peuvent être élaborées
qu’à l’échelle régionale.
C’est pourquoi j’accorde tant d’importance à la
nouvelle communauté métropolitaine de Montréal,
celle que j’appelle familièrement la CMM.
La communauté métropolitaine que nous sommes à bâtir,
nous devons la réussir.
Cette communauté qui, en plus de ses 3,4 millions
d’habitants - qu’ils soient de Longueuil, Montréal,
Laval ou des couronnes - regroupe 52 % des industries manufacturières
de l’ensemble du Québec, 70 % des établissements
manufacturiers de haute technologie et 90 % des dépenses
en recherche et développement.
Pour réussir la Communauté métropolitaine
de Montréal, je vous propose deux objectifs.
Premier objectif: Nous
donner rapidement un plan d’action
intégrée de développement de la métropole.
Au cours des prochains mois, la CMM élaborera ce
plan. Il devra prendre en compte des enjeux aussi différents
que ceux relatifs à la fluidité de la circulation, à la
prospérité économique, à la protection
de l’environnement, à la qualité de la
vie, à l’enrichissement collectif, à l’attractivité de
la vie urbaine ainsi qu’au foisonnement culturel, etc.
C’est exigeant, mais c’est aussi une belle opportunité de
voir grand.
Une telle entreprise exige, au premier chef, la participation
active de toutes les municipalités membres de la CMM
et surtout la mise en valeur de toute cette expertise qui
existe déjà dans le milieu municipal. Une telle
entreprise exigera aussi la contribution des gens d’affaires
et d’autres groupes organisés car la gouvernance
locale c’est aussi leur affaire, votre affaire. D’emblée,
soyez assurés que le soutien continu du gouvernement
et celui, en particulier, du ministère des Affaires
municipales et de la Métropole est acquis à la
CMM.
Face au mouvement de la mondialisation et à la montée
de la société civile, la modernisation de l’administration
publique et l’instauration d’une nouvelle gouvernance
locale sont devenues des impératifs dans tous les
pays industriels avancés.
Aujourd’hui, aucun élu municipal, pas plus
que les gens d’affaires, ne peut faire fi de la conjoncture
internationale !
N’avons-nous pas fait les frais depuis trop longtemps
de l’absence d’une vision intégrée
du développement qui tienne compte, justement, d’un
bon nombre de problématiques d’envergure internationale
?
En confiant à la CMM des responsabilités majeures
et des secteurs stratégiques d’intervention
pour le développement de la métropole, le gouvernement
a voulu remédier à cette situation. Il revient
maintenant à la CMM de développer son leadership,
avec ses partenaires. Il y a, à cet égard,
une obligation de résultat.
Cette entreprise exige aussi que nous ayons toujours en
tête l’alchimie heureuse qu’est Montréal.
Que nous portions haut dans nos préoccupations l’harmonie
lucide entre les générations, l’harmonie
avec la communauté anglophone ainsi qu’avec
les milliers d’hommes et de femmes qui viennent se
joindre à nous de partout dans le monde.
L’harmonie est porteuse de développement. Pensez
par exemple à celle retrouvée avec les Cris.
Grâce à ce dialogue renouvelé, nous pouvons
envisager la réalisation de projets économiques
de prime importance pour le Québec.
Le deuxième objectif que je propose, c’est
d’avoir adopté, d’ici 2005, un nouveau
schéma d’aménagement du territoire.
Un schéma qui mise sur le renouveau urbain et l’aménagement
métropolitain durable.
Un projet d’aménagement du territoire qui repose
sur 4 principes : solidarité, attraction, compétitivité et
viabilité.
Aujourd’hui, nous le constatons, l’action des
instances régionales en matière d’aménagement
du territoire s’est trop souvent limitée aux
interventions commandées par la Loi sur l’aménagement
et l’urbanisme. Pour positionner la région métropolitaine
parmi les grandes agglomérations du monde, il est
impératif de faire surgir un projet de développement
structuré et englobant pour l’ensemble de la
région.
Ce projet, le gouvernement a commencé à l’alimenter
de différentes façons. Notamment par l’adoption,
en juin dernier, du Cadre d’aménagement pour
la région métropolitaine de Montréal.
Pour la première fois, l’ensemble des ministères
et mandataires gouvernementaux intervenant en aménagement
du territoire ont dessiné une vision de l’avenir
de la métropole, et ce, pour les vingt prochaines
années.
Il revient maintenant à la CMM de pousser plus loin
l’exercice. Pour ma part, je veillerai à assurer
la cohérence et la coordination des nombreuses interventions
gouvernementales sur le territoire de l’agglomération
montréalaise. Je veillerai également à épauler
le milieu municipal et régional dans ses choix d’aménagement.
La planification optimale des infrastructures de transport
en commun dans un objectif de développement durable
et d’amélioration de la qualité environnementale
est un élément névralgique du schéma
d’aménagement. Il y a là un sérieux
travail à faire, notamment pour la banlieue qui doit
investiguer davantage du côté du transport collectif.
Assurer la mobilité aisée de la main-d’œuvre,
réduire les coûts de production des entreprises
par une localisation à proximité d’infrastructures
de transport efficaces, se préoccuper des impacts
de la congestion routière, cela nous ramène
aux enjeux du développement économique.
Nous devons miser sur les pôles économiques à caractère
international que sont le Centre-ville de Montréal,
Saint-Laurent-Dorval, Anjou-Mercier, incluant la zone portuaire,
le Centre de Laval et la Zone de commerce international de
Mirabel. Cela, en pleine complicité avec Longueuil
et la Rive-Nord qui comptent des atouts indéniables
pour le développement de la métropole.
Déjà, les ministères et organismes
mandataires sont à identifier les interventions gouvernementales
prioritaires. J’entends soumettre ces propositions à mes
collègues rapidement au printemps.
Je n’ai cependant pas l’intention de m’en
tenir uniquement aux grandes orientations. Je n’ai
pas l’intention d’attendre pour « agir ».
Je vous donne un avant-goût de nos travaux : prenons
la volonté du gouvernement du Québec de travailler
au renouveau urbain des quartiers anciens. Première
nouveauté : cette initiative mise sur une bonne coordination
interministérielle et sur la concertation municipale.
Son but est de maximiser les efforts publics, privés
et communautaires tout en mettant à profit les programmes
sectoriels existants. Deuxième nouveauté :
cette initiative endosse les principes du développement
durable.
Cette intervention intelligente permettra de repenser un
vieux quartier et de le restructurer selon une vue d’ensemble.
La rénovation des équipements et des services
collectifs, la réhabilitation des terrains contaminés,
la revitalisation des artères et des pôles commerciaux,
la restauration de logements, la mise en valeur du patrimoine
urbain et architectural, l’enfouissement du réseau électrique,
tout cela devient un projet intégré et coordonné.
Dans la région métropolitaine de Montréal,
des investissements totaux de 100 millions de dollars seront
réalisés à part égale par le
gouvernement du Québec et les municipalités
d’ici 2003-3004.
En somme, je suis convaincu que le bon fonctionnement de
la Communauté métropolitaine de Montréal
est notre meilleur gage de succès quant à l’atteinte
des deux grands objectifs que je viens d’énoncer.
Sa vocation qui consiste à intégrer dans une
vision commune les plans de développement de chacune
des villes situées sur son territoire est primordiale.
Il est maintenant temps que tous les acteurs serrent les
rangs pour soutenir et renforcer cette institution en devenir.
Réussir la CMM, c’est aussi assurer le succès
des nouvelles villes
Réussir la CMM, c’est aussi assurer le succès
de nos nouvelles villes. Leur mise en place est un défi
en soi, nous en convenons. Il y aura au cours des prochains
mois, si les villes le souhaitent, encore des ajustements à apporter.
Par exemple, je suis personnellement désireux d’établir
de meilleurs liens de confiance entre le gouvernement du
Québec et les administrations municipales. Comment
expliquer qu’encore aujourd’hui le ministère
des Affaires municipales et de la Métropole exige
la même quantité de contrôle a priori
pour Montréal, Laval et Longueuil que pour une municipalité de
petite taille.
Les administrations municipales des grandes villes sont
compétentes. Il faut le reconnaître dans la
législation. J’envisage ainsi la possibilité d’en
arriver à une nouvelle entente avec les villes centres.
Je suis prêt à m’asseoir avec chacune
d’entre elles pour élaborer un véritable « contrat
de ville ».
Un contrat personnalisé qui appuiera leur développement à court
et à moyen terme. Un contrat qui pourrait par exemple
couvrir les programmes d’aide aux regroupements municipaux,
la mise à niveau des infrastructures et le programme
de renouveau des quartiers urbains dont je vous ai parlé plus
tôt.
Il est clair à mes yeux que le ministère que
je dirige devra aussi repenser ses approches pour mieux épauler
les nouvelles grandes villes. J’ai déjà assuré ces
9 maires de ma collaboration à cet égard et
je la réitère aujourd’hui. L’État
québécois doit être capable de mieux
servir leurs administrations.
Cette idée de contrat, je l’ai aussi évoquée
avec les gens de la communauté métropolitaine.
Je travaille déjà sur la question de l’air,
de l’eau, de la gestion des matières résiduelles
ainsi que sur celle de la protection des boisés et
des espaces verts. C’est une première étape.
Je souhaite pouvoir ouvrir la discussion sur d’autres
sujets.
Vous comprenez donc que si le gouvernement est prêt à convenir
d’un contrat avec les villes, il est aussi disposé à s’asseoir
avec les communautés métropolitaines pour convenir
de contrats de communauté.
Je conclus en soulignant l’intérêt que
le gouvernement accorde au Sommet de Montréal qui
se tiendra en juin prochain. Je me réjouis de l’intention
du maire de Montréal de mobiliser tous les citoyens
et groupes qui ont à cœur la réussite
de cette nouvelle ville. Quand le maire de Montréal,
qui est d’office le président de la CMM, dit
qu’il veut que tous les acteurs « mettent en
commun leurs attentes, priorisent leurs actions et leurs
projets et définissent un plan d’action réaliste »,
je salue l’initiative.
Il y a là une belle occasion de renforcer le sentiment
d’appartenance autour de la grande métropole.
Cette démarche, Monsieur le Maire de Montréal,
j’ai l’intention de l’accompagner. Il m’apparaît
toutefois incontournable qu’elle soit conduite dans
le respect du cadre financier du gouvernement du Québec
qui a conduit à l’historique Pacte fiscal récemment
signé ainsi que dans le respect des compétences
du gouvernement du Québec en matière d’affaires
municipales.
Je sais aussi que la Chambre de commerce suit de près
toutes les questions que je viens d’aborder. Le colloque
Montréal 2017, qu’elle organise en avril prochain
pour explorer ce que sera la métropole dans 15 ans,
est une autre excellente initiative que j’appuierai.
Voir grand et miser sur nos forces.
Voir grand, c’est finalement saisir notre avenir à pleines
mains. Et, nous avons un bel avenir.
Je suis de cette génération qui ne peut concevoir
Montréal que comme cité du savoir, ville internationale,
ville de couleurs, ville de culture, ville de technologie,
ville qui rayonne et qui fait l’envie de plusieurs.
Nous disposons d’atouts considérables pour
concurrencer et gagner sur les marchés internationaux
dans des secteurs où l’existence d’une
masse critique, les coûts d’exploitation et la
disponibilité de main-d’œuvre qualifiée
sont déterminants.
La force de la métropole s’appuie sur le savoir-faire
et l’efficience en matière de gestion. KPMG
a récemment classé Montréal au premier
rang parmi 86 villes de plus de 2 millions d’habitants
dans 9 pays pour les coûts d’opération
d’une entreprise.
En additionnant maintenant nos forces, nous serons encore
plus redoutables.
Nous sommes parmi les leaders en aérospatiale. Nous
sommes parmi les leaders dans les télécommunications,
dans les technologies de l’information. Il en va de
même pour le secteur des sciences de la vie.
Sous l’impulsion de la révolution biotechnologique
en cours, ce secteur connaîtra un essor fulgurant.
On parle d’une croissance annuelle de 30 % et d’un
marché évalué à 544 milliards
de dollars d’ici 2009. Nous avons la masse critique
et les atouts pour agir comme l’un des grands centres
mondiaux.
Conséquemment, une entreprise biopharmaceutique implantée à Montréal
peut réaliser sur place tous les cycles de développement
de nouveaux médicaments, de la recherche fondamentale à la
commercialisation.
La Cité de la biotechnologie et de la santé humaine
du Montréal Métropolitain à Laval, qui
résulte d’une étroite collaboration entre
la Ville de Laval, l’INRS-Santé et le gouvernement
du Québec constitue aussi un atout de taille pour
l’essor de ce secteur.
La région bénéficiera prochainement
de 2 milliards de dollars d’investissements dans son
réseau hospitalier universitaire. Il faut s’assurer
qu’en plus de répondre à sa vocation
première, cet investissement serve de catalyseur au
développement. Planifier ces investissements sans
profiter de l’effet de levier pour le secteur privé serait
une grande erreur.
Il faut là aussi voir grand. Il faut là aussi
avoir une vision.
Ce défi est des plus stimulants. Dans le Newsweek
du 18 février dernier, l’ancien secrétaire
au trésor des Etats-Unis, Larry Summers, maintenant
président de l’Université Harvard, annonce
en douce qu’il vient de faire l’acquisition de
100 acres de terrains en banlieue de Boston.
Son objectif : propulser encore davantage
la région
de Boston comme pôle international dans les sciences
de la vie.
Il a la volonté, les ressources, les cerveaux et
un appui formidable du secteur privé. Plus près
de nous, Mike Harris appuyé par les milieux d’affaires
de Toronto, vient d’annoncer le projet MARS, un projet
inspiré du modèle québécois de
cité des biotechnologies.
L’objectif : 1,2 million de pieds carrés dont
620 000 d’ici 2004, construits dans cinq édifices,
pour héberger des laboratoires, des entreprises et
des centres de recherche consacrés exclusivement aux
sciences de la vie. Le tout situé à deux pas
du Toronto General dans ce qu’il appelle Discovery
District. Juste pour faire la promotion de ce projet, le
secteur privé y est allé d’une somme
de 10 millions de $.
Ce potentiel de développement, nous aussi nous l’avons.
Les terrains avoisinant les nouveaux centres hospitaliers
sont là, certains anciens hôpitaux seront disponibles
et nos talents ne souhaitent qu’à donner le
meilleur d’eux-mêmes. Nous avons les moyens. À nous
d’avoir la volonté.
L’accroissement des exportations internationales et
de notre productivité est un autre défi du
même calibre.
Il peut sembler paradoxal de parler
d’un défi
de productivité au moment où nos entreprises
n’ont jamais autant exporté.
Vous le savez, les exportations représentent près
de 55 % du PIB québécois, ce qui fait de notre économie
l’une des plus ouvertes au monde.
Le gouvernement a déjà indiqué qu’il
poursuivra ses efforts pour appuyer nos entreprises sur les
marchés extérieurs. Mais pour saisir toutes
les occasions d’affaires et se développer à long
terme, leurs produits et services doivent rester innovateurs
et hautement compétitifs.
Je rappelle que près de 85 % des exportations du
Québec à l’international sont dirigées
vers les États-Unis avec une forte concentration dans
le marché nord-est. Il y a lieu de continuer à se
positionner dans le cadre des Amériques.
Je m’intéresse particulièrement au triangle
Boston - New York - Chicago, notre marché le plus
naturel. J’encourage le milieu des affaires à y
multiplier les missions de prospection et de promotion. Avec
le concours des délégations du Québec
dans ces villes, je souhaite personnellement contribuer à une
nouvelle percée de ces marchés. Je m’emploierai
au cours des prochains mois à susciter l’intérêt
des grandes villes du Québec à cet égard,
aussi bien du point de vue de mes responsabilités à titre
de ministre d’État des Affaires municipales
et de la Métropole qu’au chapitre de la protection
de l’environnement. D’ailleurs, l’entente
que le Québec a signée avec les premiers ministres
de l’Atlantique et les gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre
sur la réduction des émissions de gaz à effet
de serre offre de nouvelles occasions.
Voilà autant d’occasions pour relayer des messages
positifs au sujet de la métropole. Pour soutenir un
climat d’investissement, au-delà des efforts
individuels, il nous faut - je vous le disais tout à l’heure
- une stratégie de promotion clairement articulée
et qui permette à la région de se démarquer.
À ce point de vue, la métropole dispose d’un
outil innovateur et stratégique en matière
de promotion et de prospection à l’international
Montréal International. J’invite le secteur
privé à s’y associer encore plus étroitement.
Le rayonnement du Grand Montréal, c’est aussi
celui de l’industrie touristique qui, bien que plus
traditionnelle que les secteurs précédents,
constitue un domaine en constante évolution. Nous
miserons donc aussi sur ce créneau, qu’il s’agisse
de tourisme individuel, de congrès, de foires ou d’expositions
internationales.
De fait, l’industrie touristique s’annonce comme
l’une de celles qui enregistrera les plus fortes croissances
au cours des prochaines années. La promotion touristique,
particulièrement celle qu’effectue Tourisme
Montréal, a beaucoup bénéficié de
l’implantation par le gouvernement d’une taxe
sur les nuitées. Les bénéfices pour
la métropole sont significatifs tout comme le sont
plus encore ceux associés aux travaux d’expansion
du Palais des Congrès qui répondra aux besoins
des congrès majeurs.
Les travaux ne sont pas encore terminés que déjà on
annonce que Montréal accueillera en septembre 2005
le plus important congrès médical de son histoire.
Un événement réunissant 15 000 personnes
qui à lui seul générera des retombées économiques
de 34 millions de $ pour la métropole.
La métropole offre aussi un grand potentiel du côté des
salons et foires commerciales de calibre international.
Mon point de vu, c’est qu’il est grand temps
de travailler de concert avec les promoteurs pour s’entendre
sur une offre métropolitaine mieux intégrée.
Même chose pour la stratégie de prospection
et de démarchage.
Cette étape est essentielle avant de faire tout choix
d’investissement dans les infrastructures à revitaliser
ou à développer. Je suis d’avis qu’il
y a lieu pour la métropole de procéder rapidement.
Je suis prêt à initier cette démarche.
Des signaux clairs du secteur privé stimuleront mon
enthousiasme.
En résumé, mon engagement ferme à titre
de ministre de la Métropole consiste à maintenir
et à développer, en collaboration avec mes
collègues de ministères concernés, toutes
les conditions de succès et de compétitivité nécessaires à notre
croissance.
La première de ces conditions est sans aucun doute
la qualité et le génie de notre main-d’œuvre. Avec ses quatre universités, ses écoles supérieures
en administration, en commerce et en génie, ses collèges
et ses écoles techniques, Montréal dispose
d’un réseau de formation et de recherche de
qualité supérieure.
La main-d’œuvre représente à mes
yeux ni plus ni moins qu’un créneau en soi car
investir dans le savoir sera toujours le meilleur choix.
La seconde condition de succès est liée à l’existence
d’infrastructures appropriées, notamment en
termes de transport et de déplacements. Le plan de
transport auquel veille mon collègue Serge Ménard
prévoit à ce chapitre une série de mesures
et de projets bien concrets pour faciliter les déplacements
et diminuer les coûts qui y sont associés.
La troisième condition et non la moindre est celle
de notre compétitivité au chapitre des avantages
fiscaux favorisant notamment les nouvelles implantations,
la recherche et le développement. Le Premier ministre
et la ministre des Finances ont démontré que
le gouvernement est capable de faire preuve de grande créativité lorsqu’il
s’agit d’appuyer le développement de secteurs
spécifiques.
Mais toutes ces conditions - main-d’œuvre
qualifiée, infrastructures performantes et fiscalité compétitive
- n’ont de valeur que lorsque la qualité de
vie est au rendez-vous. C’est ce que nous visons pour
tous nos concitoyens.
En effet, la prospérité ne trouve son sens
véritable que dans la mesure où elle favorise
le mieux-être de la population, qu’il s’agisse
de l’accès à des logements adéquats,
d’une vie culturelle et sportive plus riche et diversifiée
ou encore tout simplement d’une vie de quartier animée,
de parcs à proximité des résidences,
le tout dans un environnement sécuritaire.
En conclusion, le cumul de nos forces
dans la région
métropolitaine est impressionnant compte tenu de sa
taille. Ce tour d’horizon n’est ni plus ni moins
qu’un rappel. À nous de continuer sur notre
lancée, à nous d’avoir la générosité,
d’en faire bénéficier le plus grand nombre
possible dans un Québec que nous voulons plus riche,
plus confiant et plus solidaire.
Quand je nous invite à voir grand pour la métropole,
je nous invite surtout à voir grand avec les citoyens
et les citoyennes de toute la région métropolitaine.
Voir grand n’a de sens que si on réussit tous
ensemble par nos actions à améliorer leur qualité de
vie. De tous les indicateurs, celui de la qualité de
vie est celui que je vous propose d’emblée.
N’est-il pas le facteur le plus déterminant
dans le développement des grandes métropoles
?
Nous devons viser une croissance intelligente et durable.
La sécurité de nos rues et quartiers, l’abondance
de nos parcs et espaces verts, à Laval ou dans l’Ouest,
au mont Royal ou au mont Saint-Bruno, l’accès
au fleuve et aux rivières qui jalonnent notre territoire,
tout cela fait partie de la qualité de vie. Les activités
artistiques qui sont l’apanage de la métropole,
nos festivals, nos événements culturels et
nos bons restaurants, ces atouts, il faut les cultiver. Imaginez
ce que sera la rue Sainte-Catherine quand le Parc des Festivals
sera une réalité.
La qualité de vie, c’est également ce
souci d’équité et de solidarité envers
les plus vulnérables dans nos quartiers et dans les
arrondissements. C’est une vision qui concilie développement économique,
progrès social et protection de notre environnement.
Pour pousser plus loin, il faut assumer
du leadership. Un leadership à l’échelle de la métropole.
Ce leadership doit aussi s’affirmer dans notre complicité avec
les autres régions du Québec. Le Premier ministre
plaide un destin commun et la solidarité pour l’ensemble
des régions du Québec. Il faut entendre cet
appel.
S’il y a un défi commun à la métropole
et aux régions, c’est bien celui de garder nos
jeunes au Québec. C’est de faire en sorte que
la génération montante soit la plus scolarisée. À terme,
voilà la meilleure façon d’assurer le
positionnement stratégique du Québec.
C’est de cette façon là que je perçois
notre avenir.
J’ai dit qu’il nous fallait
voir plus grand.
Voir plus grand en donnant un nouvel élan aux rêves
que d’autres ont portés avant nous.
Voir plus grand en dotant notre nouvelle
communauté métropolitaine
d’une vision et d’un plan d’action nous
permettant de nous hisser parmi les plus belles et les plus
prospères métropoles du monde.
Voilà ce à quoi j’ai le goût de
travailler avec enthousiasme, avec mes meilleures énergies
et surtout avec toute la rigueur nécessaire.
Voilà surtout ce que j’ai le goût de
faire avec vous, vous qui êtes parmi les grands acteurs
et les grands artisans de cette formidable métropole.
L’équipe gouvernementale de députés
et ministres quant à elle voit grand !
Nous sommes vos meilleurs alliés.
Je vous remercie de votre attention.
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Note1 Source : Statistiques
Canada, EPA, Emploi désaisonnalisé, octobre
1996 - janvier 2002 pour la RMR de Montréal.
Note2
Source : Statistique
Canada, EPA, Taux de chômage
désaisonnalisé, octobre 1996 - janvier 2002
pour la RMR de Montréal.
Note3
Source : Statistique
Canada, EPA, nombre de chômeurs
désaisonnalisé, octobre 1996 - janvier 2002
pour la RMR de Montréal.
Note4
Source : Gouvernement
du Québec - Ministère
de la Solidarité, octobre 1996 - octobre 2001 pour
le Grand Montréal (cinq régions administratives)
Note5
Source : Institut de
la Statistique du Québec,
moyennes annuelles, données produites en date du 28
janvier 2002.
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