CONSULTATIONS PUBLIQUES SUR LE PROJET DE PLAN DE GESTION DES DÉCHETS DE LA CMM

BILAN DE LA PREMIÈRE PARTIE DES AUDIENCES :
IL EST POSSIBLE DE FAIRE PLUS, PLUS VITE, CONSTATE LA COMMISSION

Montréal, le jeudi 13 novembre 2003 – Environ 400 personnes ont participé aux 17 séances générales et forums thématiques organisés par la commission indépendante de consultation publique sur le projet de plan de gestion des matières résiduelles (PMGMR) de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM). Parmi ces participants, plusieurs sont venus dire à l’occasion de la première partie des audiences, la période d’information, qu’ils étaient globalement favorables aux différentes mesures proposées dans le projet de PMGMR, mais qu’ils souhaitaient néanmoins une accélération de la mise en œuvre des moyens de récupération et de valorisation.

Par ailleurs, plusieurs participants ont fortement questionné le statu quo présenté dans le projet de la CMM, notamment en ce qui a trait à l’utilisation des sites d’enfouissement actuels. En grand nombre, ils ont aussi déploré le report de l’échéancier à 2013.

« Tout au long des nombreuses séances d’information et de discussion, a précisé la présidente de la commission, Mme Louise Roy, la plupart des participants ont soutenu que les municipalités de la CMM pouvaient immédiatement mettre en œuvre certaines mesures avant même que le PMGMR ne soit adopté. À titre d’exemple, plusieurs ont demandé pourquoi on ne pouvait pas tout simplement exclure le gazon et les feuilles de la collecte régulière des déchets, résidus qui correspondent à environ 20% des déchets qui sont, en grande partie, encore envoyés dans les sites d’enfouissement. »

Parmi les nombreuses observations et préoccupations soulevées par les participants lors de la première partie des consultations, la commission retient les quatre constats suivants.

Les scénarios d’enfouissement des déchets
Pour bon nombre de participants, le scénario du statu quo sur la question de l’élimination implique indirectement une acceptation tacite de l’agrandissement des sites actuels, dont un seul se retrouve sur le territoire de la CMM.

Plusieurs participants sont venus rappeler à la commission que le fait d’envoyer chez les voisins les déchets produits sur le territoire de la CMM est contraire aux principes de développement durable. Ces derniers favorisent plutôt le scénario axé sur l’établissement de nouveaux sites sur le territoire de la CMM, en conformité avec le principe d’équité sociale et de responsabilisation des populations.

Certains ont aussi fait valoir que de nouvelles technologies existent présentement et que les nouvelles générations de sites d’enfouissement pourraient être socialement plus acceptables. La commission souligne le fait que même en atteignant l’objectif de 60% de détournement, selon les prévisions de la CMM, c’est toujours environ 2,5 millions de tonnes de déchets qui devront encore prendre la route de l’enfouissement.

D’autres ont affirmé que la localisation de nouveaux sites d’enfouissement sur le territoire de la CMM suscitera la controverse, que leur implantation prendra du temps et qu’il faut donc développer des solutions intermédiaires entre le statu quo et l’autonomie régionale. À ce titre, si le principe de l’autonomie régionale était appliqué intégralement, selon les capacités retenues, ce n’est pas moins de 5 à 10 nouveaux sites qu’il faudrait implanter et répartir dans les différents secteurs géographiques de la CMM.

« Tous les citoyens de la CMM sont interpellés par le problème de la localisation des sites d’enfouissement. Ils doivent donc venir signifier leur point de vue à la commission », a insisté Louise Roy.

Échéancier et respect des contrats
Plusieurs sont aussi venus dire qu’il faut intensifier la récupération, qu’il y a moyen d’accélérer l’implantation des mesures retenues parce qu’il est urgent de réduire le nombre de tonnes de matières résiduelles envoyées à l’enfouissement.

De nombreux participants ont remis en question l’argument de la CMM fondé sur le respect des contrats de collecte pour reporter l’échéance à 2013. Pour eux, la question des contrats ne représente pas une contrainte absolue. Ils sont plutôt d’avis que, si la CMM et les autorités locales manifestaient une volonté ferme d’enclencher plus rapidement la mise en œuvre des moyens de récupération, elles pourraient prendre l’initiative de limiter la durée des nouveaux contrats qui seront signés avant l’adoption officielle du PMGMR. La commission rappelle que pas moins d’une quinzaine de contrats viennent à échéance le 31 décembre 2003 et près d’une trentaine d’ici la fin de l’année 2004. Cela représente plus de 40% des contrats de collecte des déchets sur le territoire de la CMM.

Incitation et réglementation
De façon générale, les participants se sont dits en faveur des programmes de sensibilisation inclus dans le plan. Cependant, plusieurs sont d’avis que ces programmes devraient être supportés par des mesures réglementaires. À maintes reprises, exemples à l’appui, bon nombre de participants ont déploré le fait que le plan de gestion des matières résiduelles repose essentiellement sur une approche volontaire et qu’il y a trop peu de mesures incitatives. Certains n’ont d’ailleurs pas hésité à réclamer une approche réglementaire beaucoup plus sévère.

Les cas des États-Unis, de Halifax, de Toronto et même de la Ville de Montréal furent cités en exemple pour démontrer que la bonne volonté ne suffit tout simplement pas lorsqu’il est question d’atteindre des objectifs de 60% de récupération des matières résiduelles. Selon eux, la réussite de ces expériences repose en grande partie sur des réglementations plus vigoureuses.

Plusieurs ont aussi précisé que la réduction à la source est primordiale pour l’atteinte d’objectifs aussi élevés, mais que le projet de plan était très timide à cet égard. « Les gouvernements provincial et fédéral ont été directement interpellés par les participants, a noté la présidente de la commission. Les gens sont sceptiques et ils émettent un doute quant à la volonté réelle des dirigeants puisqu’ils pourraient, dès aujourd’hui, prendre des décisions qui faciliteraient grandement la réduction à la source des matières résiduelles produites. Ils nous ont demandé pourquoi les gouvernements ne pourraient tout simplement pas bannir certaines matières de l’enfouissement, établir plus rapidement les filières de valorisation sur les encombrants ou adopter le principe du producteur responsable de la récupération de ses produits. Toutes ces questions méritent qu’on s’y penche et le temps est venu pour les citoyens de venir donner leur opinion à la commission, verbalement ou par écrit », a souligné Louise Roy.

Bon nombre de participants ont aussi insisté sur le fait que, à l’instar des expériences réalisées dans plusieurs villes en Amérique du Nord, la tarification à l’usager était un bon moyen de réduction des déchets à la source et favoriserait l’atteinte des objectifs fixés. La commission considère cette question comme étant très importante et souhaite entendre la position du plus grand nombre de citoyens sur l’efficacité et l’équité d’une telle approche.

Plan de financement : une formule fortement interrogée
L’argent étant toujours le nerf de la guerre, les participants à la première partie des consultations ont aussi soulevé un sérieux doute sur la proposition de financement du PMGMR. Avec conviction, ils sont venus dire qu’il faut accélérer le processus de récupération et que, pour ce faire, les citoyens doivent disposer des outils nécessaires. Selon eux, il faut une garantie que de nouvelles sommes d’argent seront disponibles pour mettre en œuvre la collecte sélective à trois voies.

La formule retenue par la CMM, c’est-à-dire une contribution unique provenant d’un changement à la loi 102, bien qu’elle responsabilise les producteurs, suscite néanmoins beaucoup d’incertitude chez les participants, dont celle de ne pas aller chercher rapidement les montants d’argent favorisant l’implantation des mesures du PMGMR. Certains doutent de la pertinence de cette proposition puisqu’elle imposerait à l’industrie québécoise un taux de contribution qui n’existe ni aux Etats-Unis, ni en Ontario. D’autres sont sceptiques quant à la garantie de ce mode de financement puisqu’il repose entièrement sur la seule volonté du gouvernement du Québec. Enfin, plusieurs ont déploré le fait que le plan de financement ne comprend pas d’alternative et qu’advenant un refus du gouvernement du Québec d’acquiescer à la proposition de la CMM, c’est tout le projet qui risque d’être remis en question.

Rappelons qu’environ 400 personnes se sont présentées à l’une ou l’autre des séances tenues dans le cadre de la première partie des audiences. Les citoyens et citoyennes représentaient 38% de ce nombre, tandis que les représentants des municipalités totalisaient 19% de l’ensemble des participants et ceux des groupes environnementaux 16,7%. Les autres catégories de participants se divisaient de la façon suivante : 7,1% du milieu des industries; 3,4% des entreprises d’économie sociale; 8,5% de représentants du gouvernement et 7,4% provenant de divers milieux.

En prévision de la deuxième partie des audiences qui débutent à Montréal, le mardi 25 novembre, la commission insiste pour dire que tous les citoyens peuvent se présenter aux audiences pour donner leur opinion sur le projet à l’étude. Ils peuvent présenter leur point de vue de façon verbale seulement ou bien accompagné d’un court texte. La commission rappelle aussi que le mémoire peut aussi prendre la forme d’une simple lettre aux commissaires et qu’il n’est pas nécessaire de présenter un long mémoire pour faire connaître son point de vue.

- 30 -

Renseignements :
Henri Goulet, responsable des communications de la commission : (514) 350-2592 ou (514) 772-0958